Le petit journal (Hong Kong) :12/03/2012

Écrit par Eric Ollivier

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Romain Arcizet, ingénieur trentenaire basé au Laos, se lance dans la campagne législative de la 11ème circonscription des Français hors de France dont fait partie la Chine, en créant son propre parti, le Parti Indépendant et Constructif.  Il a bien voulu répondre aux questions du Petitjournal.com

Les 3 et 17 juin 2012 se dérouleront les élections législatives en France et pour la première fois, 11 députés représenteront les Français de l’étranger. 11 circonscriptions ont en effet été créées pour tenir compte de la répartition des électeurs dans le monde : un député pour 100.000 inscrits (à plus ou moins 20%) sur les listes électorales. Le ou la future élue de la 11ème circonscription aura la lourde tâche de représenter 49 pays, de la Russie jusqu’à l’Océanie en passant par toute l’Asie. Nous continuons notre série de portraits avec Romain Arcizet, candidat du Parti Indépendant et Constructif qu’il a fondé pour l’occasion.

LePetitJournal.com : Quels sont votre parcours et votre implication passée pour les Français de l’étranger ?

Romain Arcizet : Je suis né en Haute-Savoie et ai fait des études d’ingénieur à l’INSA de Lyon où je me suis spécialisé en génie électrique. Cela m’a permis d’avoir une première expérience de séjour de longue durée à l’étranger, au Mexique, en échange académique en dernière année d’études. Différent apport que pour un départ à l’étranger en milieu professionnel, cela m’a également permis d’appréhender le retour en France avec tous les enjeux qui y sont inhérents. Par ailleurs, même si cette expérience est assez récente, il n’existait pas encore Skype et Internet était peu développé, l’éloignement avec la France était donc foncièrement différent d’aujourd’hui. J’ai ensuite fait un DEA en management socio-ethnique puis, le virus du voyage toujours présent, je suis parti à l’étranger en tant qu’ingénieur de mise en service de centrales électriques pour des grands groupes français et internationaux. Travail de terrain nécessitant de nombreux contacts avec les locaux, je suis parti, si l’on mentionne uniquement les pays de la 11ème circonscription, en Russie à Moscou, en Ukraine à Kiev, en Iran, en Malaisie dans la jungle de Bornéo avec des expériences extrêmement variées. Je réside désormais au Laos où je suis installé depuis un peu plus d’un an.
Mon investissement naît d’une certaine frustration, j’ai toujours été tenté de m’investir en politique mais mes nombreux mouvements m’avaient jusqu’ici empêché de le faire. C’est pour cela que j’ai décidé de m’installer au Laos où je participe à développer le marché de l’énergie dans la zone – Thaïlande, Laos et Malaisie – et où je travaille avec CampusFrance pour mieux informer et développer les échanges académiques entre le Laos et la France.

Pourquoi avoir décidé de vous présenter à ces élections inédites et, selon vous, quel rôle pourra jouer le(la) futur(e) élu(e) ?

Avec de nombreux candidats indépendants de différentes circonscriptions avec qui j’ai de plus en plus d’échanges depuis le début de cette campagne, je partage la frustration de voir un système politique sclérosé et l’envie de faire avancer les choses à mon échelle mais avec efficacité. Je veux garder ma liberté de parole, j’ai un sens du jugement, ma culture scientifique m’a appris à régler les problèmes les uns après les autres et je voudrais apporter de cette expérience dans mon action : régler les problèmes un par un et ne pas les lâcher tant qu’une solution n’a pas été trouvée. Le fait qu’il s’agisse justement d’élections inédites permet d’apporter un vent de fraîcheur et mon profil de Français passionné par l’étranger et conscient des problématiques auxquels ils peuvent être confronté me donnent une légitimité dans ma candidature. Par ailleurs du fait de la nouveauté de ces élections, hormis le candidat parachuté qui a une expérience de député en France, tous les autres candidats n’ont pas connu plus que moi les rangs de l’Assemblée Nationale.
Le député comme je le conçois aura plusieurs missions. Il ne faut pas oublier en premier lieu qu’il s’agira d’un député parmi 577 et qu’il aura à voter le plus souvent des lois qui concernent le niveau national, ce qui n’est pas souvent rappelé par les autres candidats qui cherchent plus à insister sur les enjeux qui vont flatter leur électorat. Charge à lui ensuite d’être force de proposition pour amener à voter des lois qui amélioreront la vie des Français de l’étranger.

Vous avez fondé un Parti à l’occasion de ces élections, pouvez-vous nous en parler ?
Il s’agit du Parti Indépendant et Constructif (PIC). Indépendant car je souhaite sortir de cette logique en France où l’on voit de la part de la majorité des partis des votes de consigne à l’Assemblée Nationale. Que la proposition de loi vienne de la droite ou de la gauche, je la soutiendrai si j’estime qu’elle est légitime. Constructif car je suis dans une logique pragmatique d’ingénieur. Prendre un problème et le mener au bout en assurant un vrai suivi, puis passer au suivant plutôt que de se disperser en perdant de son efficacité pour des raisons démagogiques. Ce parti a été créé à l’occasion de ces élections car en tant que candidat libre sans soutien d’un parti, les droits dont dispose le candidat ne sont pas les mêmes. Sans parti, j’aurai par exemple eu accès uniquement aux listes électorales du Laos, ce qui représente pour moi un vice de forme. Le système mis en place par des partis politiques ne favorise pas du tout les candidatures libres. Le système mis en place par des partis politiques ne favorise pas du tout les candidatures libres. A l’initiative de William Mael Nyamat, candidat de la 3e circonscription de français de l’étranger, nous nous sommes d’abord associés ensemble à la procédure actuelle devant le conseil d’Etat visant à obtenir l’abrogation de l’alinéa 2 de l’article L330-4 du code électoral (qui pose problème pour l’obtention des listes électorales pour les candidats indépendants). Avec ces autres candidats indépendants de différentes circonscriptions, je suis d’ailleurs en train de monter, non pas un parti, mais plutôt une charte commune. Elle nous laissera notre liberté de parole mais nous réunira sur notre vision de la politique et sur notre démarche citoyenne. Nous avons également en commun le fait d’utiliser nos fonds propres, ce qui témoigne d’autant plus de notre investissement et de notre envie d’être utile à nos concitoyens. Cette coalition nous permettra également d’avoir plus de visibilité et de poids vis-à-vis des médias qui cherchent trop souvent à mettre les gens dans des cases.

La zone de la 11ème circonscription est immense, comment gérez-vous votre campagne ?

J’essaie bien-sûr de voyager, je me suis déjà rendu en Inde, en Malaisie, en Thailande mais le budget oblige bien entendu à se limiter car la circonscription est en effet très vaste. J’essaie par conséquent d’utiliser au mieux les médias et les réseaux sociaux qui, heureusement sont des outils performants aujourd’hui. Lorsque je voyage, c’est de mon côté du train, du tuk tuk et de la guesthouse, je connais même un autre candidat indépendant qui voyage en coachsurfing. Je développe également au maximum ma campagne dans mon pays de résidence, le Laos, ce qui me permettra de mettre en place un laboratoire de pensée. J’essaie également d’utiliser les associations de Français présentes dans la zone même si j’ai pu constater parfois à mon désarroi que certaines étaient politisées malgré leur statut. En outre, je travaille avec des contacts à Paris qui ont eu la brillante initiative de recenser les projets de jeunes entrepreneurs français à l’étranger en vue de monter une bible officieuse de l’entreprenariat à l’étranger. L’obtention de l’accès aux listes électorales est bien-sûr un point crucial mais, sans attendre cela, j’ai décidé de fonctionner avec un représentant par pays de la zone, j’en ai déjà une quinzaine aujourd’hui et, hormis le relais primordial qu’ils pourront jouer, je compterai également sur eux le jour des élections en tant qu’observateur dans les bureaux de votes. Je déposerai donc dans quelque temps auprès du ministère des Affaires étrangères cette liste de représentants officiels dont Nicolas Constant, mon suppléant à Hong Kong, est le coordinateur.

Quels sont vos axes de priorité, les dossiers majeurs que vous comptez défendre auprès de l’Assemblée si vous êtes élu ?

En cas d’élection, j’ai décidé de me concentrer sur deux grands chantiers sur les deux premières années de mon mandat car encore une fois je ne veux pas faire de promesses en l’air et disperser inutilement mes efforts. Par ailleurs, ce sont deux initiatives qui ne sont pas coûteuses et qui peuvent même permettre d’économiser de l’argent à l’Etat. L’utilisation de mes indemnités de députés sera axée sur ces deux projets.

La première consistera à mettre en place la démocratie participative par le biais d’un système de votation. Prenons un exemple pour être clair. Concernant la réforme des retraites, des propositions de loi seront effectuées au niveau de l’Assemblée Nationale. J’exprimerai ma position mais je laisserai aux électeurs de ma circonscription la possibilité de demander un vote sur cette proposition de loi (il s’agit donc en quelque sorte d’un referendum d’initiative populaire).  Via un système d’identifiants uniques sur internet, les électeurs s’exprimeront et si un nombre suffisant demande le vote sur ce projet de loi, les électeurs auront alors une semaine pour voter pour ou contre le projet de loi. Je m’engage alors à ne pas aller à l’encontre du résultat du vote, qu’elle qu’ait été ma position initiale. Afin de conserver une certaine intégrité, je garderai toutefois la possibilité de voter blanc.

La seconde portera sur la santé. En accord avec la CFE et le ministère de la Santé, je souhaite recenser les différents hôpitaux par pays et monter des partenariats suite à une étude de chacun d’entre eux. Ceci dans le but que la Sécurité Sociale puisse rembourser de manière automatique les soins des Français de l’étranger. Pour le moment, seulement une petite vingtaine de pays disposent d’hôpitaux conventionnés. Partout ailleurs, aucun contact avec la France, aucun suivi. L’idée est donc de mettre en place des partenariats exclusifs avec certains hôpitaux en leur demandant en contrepartie de pratiquer des tarifs en accord avec la politique de santé en France. Suite à la mise en place de cette liste, celle-ci sera disponible dans les consulats et ambassades et permettra de savoir dans quel hôpital il est possible d’aller pour bénéficier des remboursements de la CFE ou de la Sécurité Sociale selon que vous êtes touriste ou Français de l’étranger. Suite aux soins, il sera demandé systématiquement de compléter un questionnaire d’évaluation afin d’éviter les dérives possibles et de retirer s’il y a lieu le conventionnement d’un établissement.

Enfin, je tiens à mentionner que la mission nécessite une gestion de l’imprévu. Certains pays de la zone comme l’Iran, le Pakistan ou la Corée du Nord, voire la Russie actuellement peuvent être l’objet d’importants bouleversements, mon rôle sera notamment de former des commissions d’enquête pour aider à une optimisation de la gestion de dossiers épineux. Ma jeunesse, ma mobilité et mon expérience de gestion de projets dans de nombreux pays sont de réels atouts pour ce type d’actions.

Vous résidez aujourd’hui au Laos, comment comptez-vous organisez-vous votre temps, entre la France, votre pays de résidence et les pays de la 11ème circonscription durant votre mandat ?
J’abandonnerai mon métier actuel mais la technicité de ma fonction me permettra s’il y a lieu de reprendre facilement mes activités après mon mandat. Ce n’est pas le cas d’autres candidats. Par ailleurs je pourrai utiliser cette expérience pour aider à promouvoir le secteur français de l’énergie que je connais bien dans les nombreux pays de la circonscription.
Je passerai l’essentiel de mon temps à Paris car c’est à l’Assemblée Nationale que les décisions se prennent et que c’est finalement l’endroit où j’ai le plus de chances de rencontrer des Français de l’étranger de passage. Par ailleurs les sessions de l’Assemblée nationale commencent fin septembre et se terminent fin juin, cela laisse donc trois mois pour voyager au sein de la circonscription. Je compte par exemple me rendre cet été dans les pays d’Ex-URSS dont on parle très peu et qui ont selon moi un énorme potentiel. Je compte en outre prendre deux semaines tous les deux ou trois mois pour me rendre dans un pays qui aura besoin plus particulièrement de ma présence. La gestion de l’imprévu est essentielle selon moi, on ne peut pas prévoir un deuxième Fukushima ou une guerre contre l’Iran mais je réserverai du temps pour pouvoir me rendre sur place en cas d’événement majeur où ma présence pourra être utile.

La communauté française en Chine et à Hong Kong est en constante augmentation et fait désormais partie des communautés majeures de la zone. Ils vous écoutent via cette tribune, que souhaiteriez-vous leur dire ?

Je laisse la parole à Nicolas, mon suppléant, qui sera un de mes relais en Chine.
Nicolas Constant : Etant installé en Asie depuis 10 ans, ou j’ai vécu en Chine, à Singapour et Hong Kong, j’ai pu rencontrer un large éventail de la population française expatriée en Asie.
Romain et moi partageons tous les jours les problématiques de la communauté française expatriée en Asie et nous réalisons combien nous ne sommes pas les plus à plaindre en comparaison de nos compatriotes qui subissent de plein fouet les effets de la crise et des politiques mises en œuvre en France.
En tant que coordinateur de notre réseau, la communauté installée en Chine sera aux premières loges pour exprimer ses difficultés. Cela nous permettra d’autant plus facilement de venir à votre rencontre, d’être à votre écoute et aussi de vous rendre des comptes par le biais de permanences et visites régulières à travers le réseau consulaire de Hong Kong et de Chine du Sud.
Nous recherchons encore des personnes d’autres pays pour pouvoir à la fois représenter notre candidature lors des deux journées d’élections, contrôler les irrégularités, le vote électronique ayant déjà montré un certain nombre de faiblesses chez des personnes âgées notamment. Notre circonscription est énorme, si l’envie vous prend de nous donner un coup de main pour organiser ces relais vous pouvez me contacter grâce au courriel du PIC.

Propos recueillis par Eric Ollivier (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), lundi 12 mars 2012

Le blog du Parti Indépendant et Constructif: https://lepic2012.wordpress.com/

Le mini-site dédié à la 11ème circonscription sur LePetitJournal.com

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